Environnement Environnement

Un exemple de biodiversité à protéger : l’herbier de Posidonie

Le littoral marseillais abrite de nombreuses espèces et ses fonds sont le théâtre d’une vie sous-marine à la fois riche et fragile. Plus que jamais, il est urgent de prendre conscience de l’importance de ce milieu, à l’heure où les alertes sur le changement climatique sont très préoccupantes. Pour se mobiliser et réaliser que de la survie des espèces dépend la nôtre, quoi de mieux que de s’informer ?
Nous avons choisi de vous présenter l’herbier de Posidonie et les services qu’il rend à l’homme et à son milieu.

Le bassin méditerranéen avec ses 46 000 km de côtes et une superficie de 2 500 000 km² a été défini comme un des 35 « hotspots » (points chauds) de biodiversité mondiale et le troisième le plus riche en diversité végétale. Il comporte environ 30 000 espèces de plantes dont 13 000 endémiques (1). Bien qu’elle ne représente que 0,82 % de la superficie des océans, la Méditerranée regroupe 7 % des espèces de la faune marine et 18 % de celles de la flore marine du monde. 
Sa richesse est estimée à plus de 17 000 espèces, dont 25 % sont endémiques et donc ne se rencontrent que dans ses eaux ! C’est le cas de l’herbier de posidonie.

 

L’herbier de posidonie, qu’est-ce que c’est ?

Identité ? Posidonia oceanica de son nom scientifique.
Origine ? Ce végétal sous-marin descendrait de plantes à fleurs terrestres dont les « ancêtres » se seraient adaptés au milieu marin il y a environ 60 millions d’années. Il est présent presque partout dans la mer Méditerranée.
Résidence ? Il est constitué de touffes de feuilles en prairies plus ou moins denses et étendues que l’on nomme herbier, situés entre la surface et 30 à 40 mètres de profondeur lorsque les eaux sont très claires.
Description ? La posidonie est composée de rhizomes (tiges souterraines) qui se tiennent par un sur lesquels se développent des faisceaux de quatre à huit feuilles.
Fonction ? Les herbiers de Posidonie sont très utiles à l’homme et l’on appelle cela des services écosystémiques. Il produit par exemple une matière végétale abondante à l’origine de réseaux trophiques (2) qui aboutissent souvent à des espèces exploitées par la pêche artisanale. 

C’est un lieu de vie pour de nombreuses espèces animales : seiche, saupe, crénilabre, rascasses, serrans, jeunes congres… dont certaines endémiques (1) comme la grande nacre. Les feuilles servent de supports à de nombreuses espèces minuscules : algues, bryozoaires, vers, crustacés, hydraires, spongiaires… qui servent de nourriture à d’autres habitants de l’herbier.

Par ailleurs, cette plante exporte ses feuilles mortes vers d’autres écosystèmes : fonds de sable, de roche, les canyons sous-marins… où elle constitue une source majeure de nourriture.
De plus, comme tous les végétaux, elle capture un pourcentage important de carbone, agissant ainsi comme un précieux filtre pour l’homme. 
Enfin, elle amortit la houle, protégeant ainsi nos plages contre l’érosion !

L’herbier de Posidonie est une espèce protégée par arrêté ministériel depuis 1988.

 

Une plante sous-marine en péril ?

Leur régression dans toute la Méditerranée et notamment à Marseille, représente un danger, à la fois pour les espèces qu’elle héberge comme pour les services qu’elle rend à l’homme

L’herbier de Posidonie subit de nombreuses perturbations d’origines naturelles, mais surtout anthropiques, tel l’aménagement du littoral (port, digues ...) ou l’ancrage des bateaux de plaisance qui arrache les herbiers de Posidonie, proportionnellement à la taille du bateau. 

Ce n’est pas anodin, car Marseille abrite 34 ports de plaisance répartis sur l’ensemble de la façade maritime (125 kms de côte), reliant Sausset-les-Pins à La Ciotat.
On y recense plus de 8 600 anneaux, ce qui en fait le premier pôle de plaisance français et le deuxième d'Europe.

 

Et aujourd’hui ?

La recolonisation des espaces dévastés est très lente car la vitesse de repousse des rhizomes à l’horizontal est de 1cm par an en moyenne, mais des résultats concrets ont été enregistrés depuis la reconquête de certaines zones. 

L’herbier de Posidonie s’étend aujourd’hui sur une surface de 107 ha autour de l’archipel du Frioul et 414 ha autour de l’archipel de Riou et le long du littoral des Calanques.

Il se caractérise au Frioul par un état de conservation moyen, mais présente globalement de bons paramètres de vitalité sur l’archipel de Riou, en demeurant cependant très dégradé en fond de certaines calanques. 

 

Que faisons-nous à Marseille ?

On l’a dit, les principales pressions qui s’exercent sur la Posidonie proviennent de l’impact mécanique des mouillages répétés (arrachage), les aménagements du littoral, mais aussi de la turbidité des eaux  qui diminue l’apport de lumière nécessaire à cette plante (apports diffus notamment dus aux rejets urbains de l’Huveaune ou du grand émissaire de Cortiou et aux apports par temps de pluie).

Cette turbidité a été nettement améliorée suite aux étapes successives de construction puis d’amélioration de la station d’épuration de Marseille.


Par ailleurs, pour une reconquête des fonds sous-marins de la baie du Prado où l’herbier de posidonies a disparu au cours du 20e siècle pour les raisons évoquées, un grand projet de récifs artificiels a été mis en oeuvre.
Ces récifs du Prado constituent le plus vaste champ de récifs artificiels en France et un des plus importants de Méditerranée. 
Quatre cent structures ont été immergées entre octobre 2007 et juillet 2008 par la Ville de Marseille afin de reconstituer un milieu propice au développement de la biodiversité marine. Entre 2008 et 2014, les scientifiques (GIS Posidonie) ont effectué 352 plongées pour suivre l’évolution des poissons et des invertébrés présents sur et autour des récifs. 
Dix ans après la fin des immersions, le nombre d’espèces que  l’on y trouve  continue  d’augmenter et l’herbier de Posidonie s’ y porte bien !

En outre, la création prochaine de l’Aire Marine Protégée (AMP) autour du Frioul prévue dans le plan de gestion de l’archipel 2018-2022, et en lien avec la zone déjà préservée des récifs, marque une étape de plus dans la préservation des fonds marins de Marseille et de l’herbier de posidonies.

Ayant pris la pleine mesure de l’importance de cette plante comme de tant d’autres espèces animales et leur interdépendance, conscients de l’enjeu, ne relâchons pas nos efforts.


(1) Une espèce est dite endémique d’un territoire lorsque l’ensemble des populations de l’espèce sont présentes uniquement dans ce territoire. Indissociable d’une zone géographique donnée, l’endémisme est souvent fort dans les îles où des espèces ont été isolées depuis longtemps, mais plus faible chez les espèces qui se déplacent comme les oiseaux et les organismes marins.

(2) Un réseau trophique est un ensemble de chaînes alimentaires reliées entre elles au sein d'un écosystème et par lesquelles l'énergie et la biomasse circulent. Le terme trophique se rapporte à tout ce qui est relatif à la nutrition d'un tissu vivant ou d'un organe