Des premiers effets positifs sur la biodiversité marine avec le Plan Posidonie
Vitale pour l'écosystème méditerranéen, la posidonie est en danger, à cause de l'activité humaine. La Ville a donc voté, en décembre 2023, le Plan Posidonie avec l'objectif de protéger et restaurer cette espèce protégée.
Bien que l’herbier de posidonie soit une plante marine à croissance lente, les dispositifs de suivi installés dans la baie du Prado ont permis de constater un gain de 1,8% et 7,1% respectivement sur les deux zones surveillées, en une année de mise en œuvre du Plan Posidonie.
Un littoral fragilisé
Le littoral méditerranéen est aujourd’hui fortement fragilisé par sa forte artificialisation. Les côtes subissent une pression humaine constante générée par l’activité de 150 millions d’habitants et l’affluence de 200 millions de touristes par an. Malgré son statut d’espèce protégée depuis 1988, les atteintes écologiques faites aux herbiers de posidonie restent considérables : mouillages des bateaux, urbanisation, aménagements côtiers, érosion côtière, effluents industriels, rejets urbains. De même, les banquettes de posidonie échouées sont le signe d'une Méditerranée vivante qu'il faut préserver. Une plage vivante n'est pas sale.
Les différentes formes de posidonie et pourquoi les protéger ?
La posidonie est une espèce végétale qui pousse uniquement en Méditerranée, et ce, depuis des millénaires. Elle tient son nom de Poséidon, dieu grec de la mer et des océans. Présente au fond de l'eau, comme sur le littoral, cette plante sous-marine – surnommée "le trésor de la Méditerranée" – joue un rôle primordial en matière de biodiversité et il est important de la protéger.
- Sous l'eau : les herbiers de posidonie
Au fond de l'eau, les herbiers de posidonie assurent de multiples fonctions utiles à l'écosystème. Pour de nombreuses espèces animales, ils constituent un espace de ponte, de nurserie, d'habitat, de nourriture...
L’herbier joue également le rôle de puits de carbone et contribue ainsi, grandement, à la modulation des impacts du dérèglement climatique. Un km² d'herbier de posidonie stocke jusqu'à trois fois plus de carbone qu'un km² de forêt.
En outre, les longues feuilles effilées de la posidonie, dont la densité peut dépasser plusieurs milliers par mètre carré, atténuent considérablement l'hydrodynamisme. Les herbiers vivants, jouent donc le rôle de brise lame. Ils atténuent la houle et les courants et stabilisent les fonds marins.
- Sur nos plages : les banquettes de posidonie
Les herbiers de posidonie, comme toutes les plantes, renouvellent leurs feuilles qui vieillissent, brunissent et tombent au fond de l'eau. Portées par les courants et la houle elles peuvent également s’échouer sur le littoral. Leur accumulation sur les plages forme ce qu’on appelle des "banquettes" de posidonie.

Perçues à tort comme un élément qui salit nos plages, ces banquettes constituent en réalité un support de biodiversité : abri et source d'alimentation et de nutriment pour de nombreuses espèces, source de carbone...
Et, surtout, grâce à leur élasticité, elles limitent l'impact des vagues et forment ainsi une protection naturelle à l'érosion des plages et à l’avancée du trait de côte en fixant les sédiments (10 à 100 kg pour 1 m³ de banquette). Enfin, balayées par le vent, les feuilles mortes de posidonie enrichissent l’arrière-plage en éléments nutritifs apportant ainsi un engrais naturel.
Le cycle d’accumulation et de reprise par la mer de ces "banquettes" fait partie du fonctionnement naturel de la plage. C'est pourquoi, elles doivent être préservées.
Toutefois, une gestion raisonnée est parfois nécessaire et doit permettre de concilier préservation des milieux fragiles, limitation de l’érosion et enjeux touristiques.
Le Plan Posidonie : 12 actions de préservation et d'éducation sur 5 ans
Voté au Conseil municipal le 15 décembre 2023, le Plan Posidonie s'inscrit dans les ambitions municipales relatives au programme "Territoires engagés pour la Nature" et répond également aux objectifs opérationnels du "Plan d'action pour une Méditerranée Exemplaire d'ici 2030" (PAMEx).
Le Plan Posidonie se décline en 12 actions réparties en 3 volets et prévues sur 5 ans :
- Études et suivis : amélioration des connaissances sur l’état de vitalité de l’herbier à Marseille, identification et caractérisation des pressions anthropiques et naturelles l’impactant et évaluation de leur évolution (3 actions).
- Gestion active : mise en place de mesures de gestion et de restauration douce visant à la restauration et la protection de l’herbier de posidonie (6 actions).
- Sensibilisation et communication : développement de projets visant à informer et sensibiliser le public aux enjeux de gestion des écosystèmes côtiers et plus largement à la protection de l’environnement marin (3 actions).
Le plan Posidonie en version PDF à télécharger
Pour l'ensemble de ses actions, la Ville s'appuie, notamment, sur le Document Stratégique de Façade Méditerranée (Action D06-OE02-AN) et le Plan Posidonie.
Des premiers résultats encourageants sur les projets déjà expérimentés
- Un mille-feuille de posidonie sur 4 plages marseillaises
La Ville de Marseille lance, en ce mois de mai 2025, une expérimentation de trois ans sur les plages pour lutter contre l'érosion. L'objectif est d'utiliser la posidonie déjà présente sur le littoral, comme rempart naturel face aux vagues. Un mille-feuille de posidonie et de sable
Jusqu'à présent, la posidonie échouée sur la plage pendant l'hiver était ramassée. Désormais, ces herbiers seront laissés sur les plages, puis avant l'été, un mille-feuille de posidonie sera créé pour faire office de rempart face aux vagues. La posidonie sera étalée, pour former une sorte de tapis, qui sera ensuite recouvert de sable et/ou de galets, et ainsi de suite pour former un mille-feuille. Ce procédé rendra les herbiers invisibles mais freinera l'érosion des plages.
L'opération vise à reproduire le cycle naturel de la posidonie. La banquette se crée en hiver, la biodiversité s'y développe puis cette banquette est recouverte par une fine couche de sable en été. Cette technique permet de conserver les feuilles de posidonie sur la plage et favorise ainsi le maintien de la biodiversité du site et des petits fonds marins.
Parallèlement, le dispositif contribue aussi à préserver ce paysage typique des littoraux méditerranéens et à reconquérir la naturalité de ces plages urbaines. Les analyses microbiennes démontrent également que le procédé assainit l'écosystème local, car les herbiers de posidonie ne peuvent pas pourrir.
À partir de 2025, chaque année, ce dispositif sera expérimenté au mois de mai, sur quatre plages marseillaises : les plages du Prophète, de Borély, du Prado et de Corbière. Un bilan complet de l'opération sera réalisé au bout de trois ans.
Un projet expérimental est également mené sur le littoral avec l’élaboration de mille-feuilles sur les plages pour lutter naturellement contre l’érosion. Cette expérimentation nécessite plusieurs années de mise en œuvre pour pouvoir en évaluer l’efficacité. Cependant, une enquête de perception a été menée sur deux mois auprès de 170 personnes et qui a établi que les usagères et usagers des plages marseillaises ont une bonne connaissance des banquettes de posidonie, ainsi que de l’atout qu’elles représentent dans la lutte contre l’érosion.
- Reposeed et Transpo-Marseille : recolonisation des fonds marins par la posidonie
Membre de l’Alliance Posidonia, la Ville de Marseille travaille étroitement avec les associations locales et le Parc National des Calanques en faveur du milieu marin. Dans le cadre du programme Re²POS, outre la réhabilitation des anciens dispositifs de suivi, la Ville et ses partenaires ont déployé des actions de recolonisation des fonds marins par les herbiers de posidonie nommées REPOSEED et TRANSPO - Marseille. Le premier consiste en une restauration douce par la plantation de 9 000 graines en mai 2023 dans des récifs artificiels au Prado. Deux ans plus tard, un taux de survie de 3% a pu être observé ce qui est un résultat encourageant comparé au taux de survie naturel des graines observé naturellement.
Le second repose sur la transplantation expérimentale de boutures prélevées à proximité ou à partir de fragments arrachés par la météo ou l’ancrage. Après 4 mois, un taux de survie de 90 à 100% a été constaté avec une production de nouveaux faisceaux sur certains transplants. Cette expérimentation a cependant été menée sur des densités réduites car il est nécessaire de pouvoir surveiller l’impact des prélèvements sur l’herbier naturel et la dynamique entre les transplants et l’herbier naturel avant de pouvoir considérer la transplantation comme une solution de compensation à grande échelle.
Images banquettes © Ville de Marseille / Direction Mer et Littoral
Image herbier : © Sandrine Ruitton