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Jean-Jacques Viton : le poète marseillais

Né à Marseille le 24 mai 1933, Jean-Jacques Viton vient de décéder dans sa ville natale, le 14 mars 2021, à l'âge de 87 ans.

Poète mais également écrivain et traducteur, Jean-Jacques Viton se définissait lui-même comme un "Zatopek" de la littérature : "écrire comme Zatopek (…) n’entendant plus rien, cherchant tout, ne vivant que de la piste à finir ».

Avec son épouse, la poétesse Liliane Giraudon, il s'est impliqué dans de nombreux défis et combats artistiques : de la décentralisation théâtrale, dans lequel il accompagna Antoine Bourseiller, aux revues de poésie qu'ils créèrent Liliane Giraudon et lui, ou dans lesquelles ils écrivirent, en passant par leur implication dans les activités du Centre international de poésie de Marseille (cipM).


Ses débuts

Né à Marseille, Jean-Jacques Viton passe une partie de son enfance à Londres
Pendant la guerre, il revient à Marseille, puis s'ensuivent quelques années au Maroc, jusqu'en 1953. Il s'engage ensuite dans la marine et rentre dans la cité phocéenne en 1958.

À son retour, il participe à une aventure collective en tant qu'administrateur du Théâtre Quotidien de Marseille, premier théâtre professionnel régulier de la décentralisation, situé rue Grignan. Il restera à ce poste jusqu'en 1963. 

Dès lors, son activité culturelle sera foisonnante, notamment dans le domaine des revues


Son activité de revuiste

En lien avec son travail d'écriture, il mène une activité de revuiste extrêmement soutenue. Les revues jouèrent en effet, dans l'univers poétique français (et aussi international) de la fin du XXe siècle, un rôle prépondérant

La revue Action Poétique, créée et animée par Gérald Neveu, Jean Malrieu et Henri Deluy, accueillera ses premiers textes. Il sera membre de son  comité de rédaction de 1963 à 1965 puis, à nouveau, à partir de 1991. 

De 1964 à 1970, il devient chroniqueur de théâtre au journal La Marseillaise et collabore à la revue des Cahiers du Sud.

En 1967, il cofondera la revue d'avant-garde Manteia (1967-1983), avec Jean Todrani, Gérard Arseguel et Joseph Guglielmi. 

Il créera ensuite avec Liliane Giraudon, la revue Banana Split (1980-1990) dont une des particularités résidait dans le fait que les auteurs publiés étaient invités à participer à la fabrication de la publication.
Ensemble, ils cofonderont la revue parlée La Nouvelle B.S. (1990-2000), filmée au cipM et enfin la revue IF qui est dirigée aujourd'hui par Hubert Colas.

À mentionner aussi, dans ces années particulièrement "actives", la création, de manifestations comme les Rencontres internationales de poésie contemporaine de Cogolin (1984). 
 

La traduction

Jean-Jacques Viton a été traducteur, principalement de l'anglais (USA) et de l'italien.

Avec Les Comptoirs de La Nouvelle B.S (qui ont pris la suite de La Nouvelle B.S.), il participera à des ateliers de traduction du portugaisdu japonais, de l'allemand

À propos de la traduction, il écrivait dans "Vous mettrez ça sur la note" (Diem Perdidi éditeur, 2009), que "le texte étranger fait lire autrement sa propre littérature et permet de travailler mieux à l'intérieur de sa propre langue comme un étranger".

 
Son oeuvre 

Jean-Jacques Viton a écrit de nombreux ouvrages, recueils poétiques, en collaboration avec des musiciens, plasticiens ou autres poètes, surtout avec Liliane Giraudon

Il est l'auteur d'une quarantaine de livres, dont le premier, "Au bord des yeux" (Action poétique, coll. Alluvions) est paru en 1963. Les éditions P.O.L. en ont publié  une quinzaine depuis "Terminal" en 1981 jusqu'à son dernier en 2016 "Cette histoire n'est plus la nôtre mais à qui la voudra".

À propos de ce dernier livre, Jean-Philippe Cazier écrit : "Un des enjeux de l’écriture de Jean-Jacques Viton n’est pas de “rendre le réel”, le monde, mais d’en suivre les lignes, de s’ouvrir à son existence, de créer des devenirs avec le monde et de les laisser constituer le texte. [...] c’est la relation au monde qui prime sur la logique de la langue, c’est l’ordre et le désordre du monde qui existent sur la page, non ce qu’ordonnent les habitudes et exigences langagières. Comment dire le monde sans que celui-ci ne soit effacé par l’acte de le dire ?".

Crédit visuel panoramique et vignette : cipM