Habitats artificiels : à la reconquête de la biodiversité marine
Engagée dans la protection de la biodiversité marine, la Ville de Marseille à mis en place plusieurs structures artificielles favorisant la protection du milieu marin.
Les Biohuts sous le ponton du Stade Nautique Florence Arthaud
Les récifs artificiels du Prado
Des Biohuts sous les pontons du Stade Nautique
Petit abri artificiel accroché sous les quais ou les pontons, un Biohut® est une cage remplie de coquilles d'huîtres, protégée par une seconde cage vide qui sert de cachette. À leur retour vers le littoral, les jeunes poissons cherchent naturellement refuge dans les ports — mais sur des quais lisses et sans recoins, ils n'ont aucun abri face aux prédateurs, et jusqu'à 100 % d'entre eux peuvent disparaître. Les Biohuts leur offrent enfin une cachette pour grandir en sécurité, transformant quais et pontons en véritables nurseries marines.
Sous les pontons du Stade Nautique Florence Arthaud, la vie marine reprend ses droits
Engagée dans la préservation de son littoral, la Ville de Marseille a saisi l'occasion de la rénovation du stade pour le JO 2024 pour intégrer des actions concrètes de restauration de la biodiversité, avec l'installation de 31 nurseries artificielles Biohut® le long des quais et pontons du site. Le bilan des deux premières années de suivi confirme un retour marqué de la vie marine au cœur du bassin. Près de 100 espèces différentes ont déjà élu domicile dans ces refuges.
Le Stade Nautique Florence Arthaud rejoint désormais le réseau international NAPPEX (Nurserie Artificielle pour les Ports Exemplaires), qui rassemble 111 sites équipés de Biohuts à travers le monde, et les équipes de la Ville assurent elles-mêmes l'entretien de ces nurseries marines.
- Une biodiversité en plein essor
Deux ans après leur installation, le suivi scientifique confirme un retour massif de la vie marine, dans trois grandes familles d'espèces :
► Les jeunes poissons : une fréquentation multipliée par 30
- Avant les Biohuts : moins de 2 individus pour 10 mètres de quai, et seulement 3 espèces observées.
- Aujourd'hui : plus de 50 individus pour 10 mètres, et 19 espèces recensées — dont le mérou brun, espèce protégée et emblématique de Méditerranée, et 6 espèces utiles à la pêche locale (daurade royale, bar commun, sars).
► Crabes, crevettes et oursins : 64 espèces abritéesAvant l'installation, seulement 2 espèces de cette petite faune mobile étaient présentes. Aujourd'hui, 64 espèces différentes ont été recensées, et chaque Biohut abrite en moyenne 340 individus, contre 190 un an plus tôt. Parmi elles, plusieurs espèces prisées de la petite pêche côtière : crevettes roses, oursins noirs et violets, coques et pétoncles.
► Algues, éponges et coquillages : une colonisation qui s'installe
17 taxons d'organismes se sont fixés durablement sur les structures des Biohuts, avec une colonisation qui progresse chaque année.
- Une politique d'éducation à l'environnement littoral et marin
Tout au long de l'année, Ville de Marseille œuvre à faire découvrir et observer la faune et la flore marines au plus grand nombre par la découverte et la sensibilisation afin de permettre au plus grand nombre d'être en contact avec la mer et son environnement.
Le Centre CID Mer et sa Salle Biodiversité accueillent notamment les écoles et centres de loisirs pour des journées de découverte de la biodiversité littorale. Atelier, observation, animations comme par exemple la sortie de l'eau d'un biohut afin que les enfants puissent observer en direct crabes, crevettes ou poissons cachés à l'intérieur, comme de véritables apprentis biologistes.
Les récifs artificiels du Prado
Habitats écologiques immergés, ces récifs ont pour objectif d’augmenter et de diversifier les ressources marines des fonds meubles de la baie du Prado. Il s’agit à la fois d’une mesure compensatoire à la dégradation du milieu et d’un soutien à la pêche locale.
400 récifs de 6 types différents sont immergés sur 200 hectares entre le Frioul et la Corniche depuis les années 2 000. Disposés sous la forme de village en triangle, ils permettent une circulation protégée pour les espèces qui se promènent de récifs en récifs et constituent la plus grande zone de récifs artificiels d’Europe.
- Un peu d'histoire
Il y environ 150 ans, le fond de la baie du Prado était recouvert de posidonies, plantes marines méditerranéennes dont le rôle est majeur dans l'écosystème marin : la photosynthèse permet d'oxygéner l'eau et son système racinaire dense et profond, participe à la stabilité des fonds marins. Aussi, elle tient lieu de "nurserie" pour 25% des espèces animales méditerranéennes (sèches, rascasses, grandes nacres...).
Avec les diverses activités humaines, aménagements des plages du Prado (remblais du métro), construction des bassins du nouveau Port de Marseille dans les années 1845, déversement des eaux usées et des activités industrielles, bassin versant (l’Huveaune), exploitation des ressources non raisonnée au XXe siècle, etc., la baie du Prado est devenue principalement au-delà de 25 mètres de profondeur, une grande étendue de fonds meubles (plats et sablonneux) fortement dégradée où des fonds de matte morte témoignent de la présence passée d’un herbier de posidonies vaste et bien implanté.
- Offrir des habitats
Les récifs artificiels permettent :
- d’offrir des habitats
- de type parois : les surfaces offrent un espace lisse ou rugueux, vertical ou horizontal, propice à l’installation de la flore et de la faune fixée ainsi que la petite faune mobile ;
- de type cavités : elles accueillent plus particulièrement les invertébrés mobiles et les poissons ; - de favoriser les échanges biologiques tels que les transferts des œufs et larves et les déplacements d’individus adultes. Ces échanges peuvent se faire au sein d’un même récif, entre les récifs et avec les espaces environnants (herbier de posidonies, fonds rocheux, fonds meubles, pleine eau) ;
- d’induire une production biologique qui s’exprime par l’augmentation de la diversité des espèces présentes (biodiversité), du nombre d’individus (abondance) et de la taille des individus (biomasse).
Les 6 types de récifs dans le temps

Des suivis scientifiques sont organisés régulièrement sur les récifs pour récolter les données et analyser l’évolution dans le temps de la colonisation des récifs.
Afin d’étudier les résultats après 10 ans d’immersion des récifs du Prado, des campagnes de suivi ont été réalisées entre 2019 et 2021. Ces résultats, très attendus par la communauté scientifique et le gestionnaire ont montré notamment que la biomasse d’espèces cibles de la pêche a sensiblement progressé, en particulier à partir de l’automne 2015 et en 2020.
De grandes sérioles Seriola dumerili ont été observées en abondance sur un enrochement au cours de l’été 2020 attestant de la présence saisonnière de grands poissons pélagiques prédateurs. Les poissons observés sur les récifs ont tendance à être plus gros, en particulier certaines espèces cibles de la pêche qui sont plutôt sédentaires et bénéficient de la protection du site.
Les macrocarnivores (rascasses, murène, serran), les piscivores (chapon, congre) et les omnivores qui mangent de tout (sar à museau pointu, canthare) ont nettement progressé entre 2009 et 2020/2021.
La biomasse d’espèces cibles de la pêche est multipliée par 2.6 depuis le début du suivi. Le congre (x7.6), le sar à museau pointu (x22.9), la mostelle (x18.1) et le chapon (x12.6) ont les biomasses qui ont le plus fortement augmenté depuis 2009.Trophée Argent dans la catégorie Préservation de la Biodiversité aux Deauville Green Awards 2022.
En 2021 les récifs étaient au Congrès Mondial de la Nature, accueilli par la Ville de Marseille, aux côtés du Parc National des Calanques et de l’association Septentrion Environnement pour les Plongées Virtuelles Marseillaises, invitant sur 150 m² d’espace immersif pendant 9 jours le visiteur à découvrir la biodiversité marine marseillaise à 3 profondeurs différentes tout en restant au sec, grâce à 7 expériences de réalité virtuelle.
Pour cette occasion, un nouveau film en réalité virtuelle a été réalisé ayant reçu le mécénat de la Fondation Ponant, et remportant le Trophée Argent dans la catégorie Préservation de la Biodiversité aux Deauville Green Awards 2022.
Vidéo réalisée en juin 2021 par Exmagina
- d’offrir des habitats
- Une réglementation mise en place
Afin de protéger cette zone, la plongée, la pêche et le mouillage sont interdits.

- Arrêté du Préfet de la région PACA n°R93-2020-01-17-001 datant du 17 Janvier 2020
- Arrêté du Préfet Maritime n°35/2015 du 31 mars 2015
- Pour que la vie sous-marine se développe durablement, la pêche sous toutes ses formes, l'ancrage, l'apnée et la plongée sous-marine sont interdits jusqu'au 31 décembre 2024 dans la totalité de la zone ABCD signalée sur la carte.
Tout contrevenant à la réglementation en vigueur s'expose aux sanctions suivantes :
- Amende délictuelle de 22 500 €, confiscation du produit de l'infraction, de l'engin de pêche et du navire (article L945-4 alinéa 10 du code rural de la pêche maritime),
- six mois d'emprisonnement et amende de 15 000 € pour non respect des règlements de police de la Préfecture maritime (article L5242-2 du code des transports maritimes).La Patrouille Maritime Municipale de la Direction de la Mer réalise des missions en mer chaque jour pour sensibiliser et faire connaître la réglementation auprès des plaisanciers, des pêcheurs professionnels ou de loisir. Plusieurs agents sont gardes du littoral et sont assermentés, leur permettant de verbaliser sur les territoires du Conservatoire du littoral.

4 marques spéciales délimitent la zone des récifs
Grâce au soutien financier de l'Union Européenne, la Patrouille Maritime Municipale a obtenu, pour les 4 mois de haute saison en 2023, le renfort de 2 écogardes par la Garde Régionale Marine (GRM) dans le cadre du programme opérationnel du Fonds européen pour les affaires maritimes, la pêche et l’aquaculture (FEAMPA) 2021-2027.