"Marseille danse ses légendes" : les grands noms qui ont marqué l'histoire de la danse à Marseille
Dernière mise à jour :
Lors de deux représentations exceptionnelles, l'Opéra de Marseille revisite un siècle de danse avec les chorégraphes marseillais qui ont marqué l'histoire de la danse.
Joseph Lazzini, Marius Petipa et Maurice Béjart sont mis à l'honneur dans un spectacle conçu par Jean-Charles Gil, à voir à l'Opéra de Marseille, les samedi 24 et dimanche 25 janvier. Des extraits de pièces chorégraphiques emblématiques de leur répertoire seront interprétés par des solistes et danseurs étoiles venus de différentes compagnies internationales.
La danse constitue, au même titre que l'opéra, un art majeur de la cité phocéenne. Capitale de la Danse grâce à des galons obtenus dès la première moitié du XIXe siècle au Grand théâtre et au Théâtre Pavillon, puis à l’Opéra dès 1924. Aux côtés de L'École Nationale de Danse et du Ballet National de Marseille, de nombreuses structures contribuent à proposer une offre riche et diversifiée et à faire de Marseille une place forte de la Danse.
Marius Petipa, le Marseillais devenu le Père du ballet russe
Durant tout le XXe siècle, des Marseillais ont porté haut les couleurs de la danse via des trajectoires aussi flamboyantes qu'inattendues. Marius Petipa, est né rue Dumarsais, dans le 1er arrondissement, le 11 mars 1818, dans une famille d'artistes. Danseur, maître et chorégraphe, il est considéré comme le Père du ballet russe. Sa carrière à Saint-Pétersbourg lui permit de créer de très nombreux ballets dont beaucoup sont aujourd’hui mondialement reconnus comme des chefs-d’œuvre.
Marius Petipa commence à danser en Belgique, puis travaille en Espagne, aux États-Unis, et enfin, pour la partie la plus marquante de sa carrière, en Russie. C'est dans ce pays qu'il chorégraphiera une soixantaine de ballets, dont certains marqueront l'histoire de la danse tels que Le Lac des Cygnes, La Belle au bois dormant, La Bayadère, Raymonda ou encore Don Quichotte.
Les innovations apportées par Marius Petipa ont contribué à faire évoluer la danse classique vers la forme qu’on lui connaît aujourd’hui. Il développe le ballet à grand spectacle, composé de trois ou quatre actes et où l’ensemble du corps de ballet est présent sur scène.
Maurice Béjart, une nouvelle vision de la danse
Avant de devenir un chorégraphe mondialement connu et reconnu, Maurice Béjart naît à Marseille le 1er janvier 1927. À 7 ans, Béjart découvre la danse et finit par intégrer, à 14 ans, l'Opéra de Marseille où il fait ses armes avant de rejoindre l'Opéra de Paris, en 1946, à 19 ans. À partir de 1948, il comptera d'ailleurs parmi ses professeurs, Roland Petit qui fondera ensuite le Ballet de Marseille.
Dès 1951, Béjart va mener en parallèle sa carrière de danseur et une carrière de chorégraphe. Il monte ensuite son premier ballet, L’Inconnu, à Stockholm. En 1953, il crée sa première compagnie, Les Ballets de l'Étoile. Son Sacre du Printemps reçoit un accueil triomphal à Bruxelles où il s'installe ensuite et fonde une nouvelle compagnie, Les Ballets du XXe siècle. Bruxelles reste son point d'ancrage pendant 27 ans. Béjart y crée "L'École Mudra" pour concrétiser sa philosophie personnelle du ballet moderne et formera ainsi de nombreux chorégraphes et danseurs.
En 1987, il décide de quitter la Belgique et de poursuivre son aventure en Suisse où il rebaptise sa compagnie le "Béjart Ballet Lausanne" et rouvre une nouvelle école, L'École Atelier Rudra. Il en fait une des plus prestigieuses dans le milieu de la danse classique et contemporaine.
Maurice Béjart décède à Lausanne, en 2007, à 80 ans. Il laisse derrière lui une œuvre jalonnée de chorégraphies ambitieuses devenues souvent des classiques du répertoire chorégraphique. On peut citer notamment Symphonie pour un homme seul (1955), le Sacre du Printemps (1959), le Boléro (1960), la IXème symphonie de Beethoven (1964), Roméo et Juliette (1966), Messe pour le temps présent (1967) ou encore Malraux (1986).
Attaché à sa ville natale, Béjart avait tenu à revenir à Marseille pour participer aux festivités de l’an 2000, en présentant, au Théâtre Sylvain, l’une de ses créations les plus célèbres, Le Jardin du Presbytère, associant les musiques de Mozart et Freddy Mercury.
Joseph Lazzini, l'avant-gardiste de l'Opéra de Marseille
Quant à Joseph Lazzini (1926-2012), danseur et chorégraphe, fondateur de la compagnie de Ballet de l’Opéra de Marseille en 1959, il fut ce visionnaire qui fit venir le premier le danseur Rudolf Noureev à Marseille. Né en 1926, Joseph Lazzini avait débuté en 1945 au ballet de l'Opéra de Nice, proposant très vite ses premières chorégraphies, avant de partir au San Carlo de Naples puis au Théâtre royal de Liège dont il fonda le ballet.
Après une année à Toulouse, il dirigea, de 1959 à 1968, la Compagnie de l'Opéra de Marseille, qu'il dota d'une stature internationale, avant de créer à Paris le Théâtre français de la danse (1969). Invité dans le monde entier, Joseph Lazzini se distingua par ses ballets spectaculaires et avant-gardistes, tout en ne négligeant pas les pièces du répertoire.
Marseille danse ses légendes, un spectacle pour revenir aux sources
"Je souhaitais revenir aux sources et les présenter aux Marseillais en créant du lien, des passerelles, et pas seulement en proposant un gala d'étoiles", explique Jean-Charles Gil au magazine de la Ville de Marseille. Le chorégraphe a créé ce spectacle en hommage aux grands noms du ballet qui ont marqué la cité phocéenne.
Danseur étoile à 19 ans, avec une carrière internationale, il devient ensuite chorégraphe et fonde le Ballet d'Europe. Marseille a accueilli Jean-Charles Gil en 1976. Le danseur n'a alors que 16 ans et entre au Ballet national. L'Opéra devient sa première scène professionnelle lors des 12 soirées de représentation de Casse-Noisette.
"À Marseille, il y a eu des personnes importantes qui ont créé des choses importantes dans la danse, reconnues dans le monde entier : partageons-les !", affirme Jean-Charles Gil.
Les deux spectacles sont complets.
Ces autres personnalités qui font partie de l'histoire de la danse à Marseille
Il est difficile de parler de danse à Marseille sans évoquer Roland Petit, créateur des Ballets de Marseille et Marie-Claude Pietragalla, qui a pris sa suite à la direction de l'école.
Entré à l’Ecole de Danse de l’Opéra de Paris à 9 ans, engagé dans le corps de Ballet de l’Opéra quelques années plus tard, Roland Petit fonde les Ballets des Champs-Élysées en 1945 et les Ballets de Paris en 1948. Il est à l'origine de la création de plus de 50 spectacles dans tous les genres, en renouvelant souvent son style. Son travail le plus connu est Le Jeune Homme et la Mort de 1946 (livret de Jean Cocteau). Le natif d'Île-de-France arrive à Marseille en 1972. Le maire Gaston Defferre l’invite alors à venir dynamiser la compagnie de l’Opéra Municipal. Son premier spectacle présenté au Festival d’Avignon de 1972, "Allumez les étoiles" (d’après Maïakovski), marquera les esprits. En 1981, les Ballets de Marseille prennent le nom de Ballet National de Marseille et, depuis cette date, parcourent le monde. Roland Petit crée pour cette compagnie, des œuvres magistrales telles que Pink-Floyd ballet (1972), L’Arlésienne (1974), Le Chat botté (1985) ou Charlot danse avec nous (1991). Il meurt à 87 ans et repose dans le cimetière du Montparnasse à Paris.
Marie-Claude Pietragalla, célèbre danseuse et chorégraphe, a également passé une partie de sa carrière à Marseille. En 1998, elle prend la suite de Roland Petit à la direction du ballet national de Marseille. Pendant cinq années, elle imagine 9 créations. Elle maintient un lien très fort à la ville, et prend plaisir à y revenir danser. La chorégraphe et danseuse incarne justement la chanteuse Barbara dans un nouveau spectacle, dont la tournée fait un arrêt à Marseille cette année.