Renée Marcos, rescapée d’Auschwitz, décorée lors de la commémoration des rafles de janvier 1943
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Dimanche 25 janvier 2026, lors de la commémoration du 83e anniversaire des rafles de Marseille, de l'évacuation et de la destruction des Vieux-Quartiers, la Ville de Marseille rendra un hommage particulier à Renée Marcos, rescapée d’Auschwitz, en lui remettant la Médaille de la Ville, distinction pour son courage et son engagement dans la transmission de la mémoire.
Née Louise Guelidi à Marseille le 14 janvier 1926, cette survivante au parcours bouleversant incarne la résilience face à l’horreur de la déportation. Aujourd’hui centenaire, elle reste une figure essentielle de la mémoire de la Shoah dans notre ville.

Un destin brisé par la dénonciation et la déportation
Issue d’une famille juive installée à Marseille depuis 1915, elle grandit avec ses quatre frères et sœurs, Marius, Vitalis, Denise et Reine. Son père Isaac, originaire de Grèce, et sa mère Sol, Turque, avaient fait de Marseille leur terre d’accueil. La famille Guelidi était pratiquante, fréquentant la synagogue de la rue Breteuil.
Renée obtient son certificat d’études avec mention bien en 1939, mais son quotidien bascule lorsque son père est victime d’un accident de travail. À seulement 13 ans, elle devient “la maîtresse de maison”, s’occupant du ménage, de la cuisine et de ses frères et sœurs.
En mai 1944, alors âgée de 18 ans, Renée est arrêtée à son domicile avec sa tante et sa petite cousine de 12 ans. Dénoncée par des voisins, elle est emmenée au siège de la Gestapo, rue Paradis, puis à la prison des Baumettes avant d’être transférée à Drancy. Par instinct, elle déclare être fille unique pour protéger ses frères et sœurs, qui échappent ainsi à la déportation.
« Ma tante pleurait. Moi je n’ai pas pleuré. Je disais à ma tante : on va aller travailler à la campagne. », se souvient-elle*.
Elle est ensuite déportée à Auschwitz-Birkenau dans le convoi numéro 74, le 20 mai 1944, où elle survit au travail forcé dans des conditions inhumaines. En janvier 1945, elle échappe à la Marche de la mort et est transférée au camp de Theresienstadt, où elle sera libérée par les Américains.
Elle pèse alors 35 kg et souffre du typhus.
La transmission comme combat
Après la guerre, Renée a pu retrouver toute sa famille à Marseille. Elle a consacré sa vie à témoigner, notamment lors de la cérémonie de Yom Hashoah organisée par le CRIF Marseille-Provence en mai 2024, où sa petite-fille Sophie Benhamou a pris la parole en son nom, face à plus de 350 personnes devant le Mur des Noms de la Grande Synagogue Breteuil.
« Je suis fière d’avoir survécu, d’avoir résisté, aux coups, au travail forcé, dit-elle. Aujourd’hui, je suis heureuse de vivre à l’âge que j’ai et d’être entourée de mes enfants et petits-enfants. »*
Toujours sportive et d’une vitalité remarquable, Renée Marcos représente la force de vie qui a triomphé de la barbarie nazie.
Un hommage aux victimes marseillaises
La distinction remise à Renée Marcos honore non seulement son courage mais également la mémoire de tous les déportés marseillais.
Son histoire rappelle l’importance de la transmission face à une tragédie qui ne doit jamais être oubliée et à la montée de l’antisémitisme. Les rafles de Marseille de janvier 1943, les plus importantes après celles du Vél' d’Hiv à Paris, puis les arrestations qui ont suivi jusqu’en 1944, ont frappé des milliers de Marseillaises et Marseillais juifs.
* Propos recueillis par le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif)