45 ans de l'abolition de la peine de mort : un long combat
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Le 18 septembre 1981, il y a tout juste 45 ans, le nouveau garde des Sceaux, Robert Badinter, fait voter l'abolition de la peine de mort par l'Assemblée nationale. Avec la promulgation de la loi le 9 octobre, la France devient le 36ème État abolitionniste. Quatre ans plus tôt, le dernier condamné à mort avait été exécuté à Marseille.
Le 25 février 1977, la cour d'Assises des Bouches-du-Rhône, à Aix-en-Provence, prononce la sentence d'Hamida Djandoubi. L'homme âgé de 28 ans, est condamné à mort pour "assassinat après tortures et barbarie, viol et violences avec préméditation sur la personne d'Elisabeth Bousquet, une jeune femme avec qui il avait entretenu une relation amoureuse avant de lui imposer des relations sexuelles forcées avec d'autres hommes. Il avait également violé et séquestré d'autres adolescentes. Après un pourvoi en cassation et une grâce présidentielle rejetés, il est guillotiné le matin du 10 septembre, à 4h40, dans la cour de la prison des Baumettes. Hamida Djandoubi est le dernier condamné à mort de France.
"Une révolte froide"
Au moment où Hamida Djandoubi monte sur l'échafaud, la question de l'abolition de la peine capitale n'est pas à l'ordre du jour. Il est le troisième condamné à mort du septennat de Valéry Giscard d'Estaing, qui avait pourtant fait part de son "aversion profonde pour la peine de mort" tout en repoussant à un hypothétique "moment venu" l'ouverture d'un débat national sur le sujet.
C'est dans les tribunaux que le combat est mené par des avocats abolitionnistes. Après un échec en 1972 dans "l'affaire de Clairveaux", Robert Badinter réussit en 1977 à éviter la peine capitale à Patrick Henry, qui écope de la réclusion criminelle à perpétuité pour l'assassinat d’un petit garçon. Badinter s’appuie sur ce procès pour en faire celui de la peine de mort, interpellant les jurés sur leur conscience individuelle. "On abolira la peine de mort, et vous resterez seul avec votre verdict, pour toujours. Et vos enfants sauront que vous avez un jour condamné à mort un jeune homme. Et vous verrez leur regard !" exhorte-t-il, soulignant par ailleurs la cruauté de l'exécution : "on prend un homme vivant et on le coupe en deux morceaux, c’est cela guillotiner".
À Marseille, de brillants avocats dénoncent aussi cette "barbarie", selon les mots de Paul Lombard, qui ne parvient pas pour autant à sauver Christian Ranucci, avant-dernier condamné à mort de l'histoire. Hamida Djandoubi est quant à lui défendu par Émile Pollak, un des maîtres du barreau, célèbre pour avoir été l'avocat de Gaston Dominici - lui aussi condamné à mort mais gracié - ou des frères Guérini. Emile Pollak est un fervent militant de l'abolition ; c'est avec sa fille, maître Nicole Pollak, que Robert Badinter fait épargner Michel Bodin grâce à la reconnaissance de circonstances atténuantes.
Le matin du 10 septembre 1977, la doyenne des juges d'instruction de Marseille, Monique Mabelly, commise d'office, assiste à l'exécution d'Hamida Djandoubi. À son retour, elle couche sur le papier quelques notes sur la scène à laquelle elle vient d'assister : "Il faut vite effacer les traces du crime. J’ai une sorte de nausée, que je contrôle. J’ai en moi une révolte froide."
"La justice française ne sera plus une justice qui tue"
Le 17 septembre 1981, Robert Badinter, ministre de la justice de François Mitterrand, entame dans l'hémicycle une plaidoirie d'une heure et demi pour défendre son projet de loi portant l'abolition de la peine de mort. Il invoque Lepeletier de Saint-Fargeau en 1791, puis Hugo, Camus, Gambetta, Briand, Clémenceau et "le grand Jaurès", avant d'appeler les députés à voter pour son texte : "Demain, grâce à vous, la justice française ne sera plus une justice qui tue. Demain, grâce à vous, il n'y aura plus, pour notre honte commune, d'exécutions furtives, à l'aube, sous le dais noir, dans les prisons françaises. Demain, les pages sanglantes de notre justice seront tournées." La loi du 9 octobre 1981 met définitivement fin à la peine capitale en France.
Le MUCEM conserve aujourd'hui plusieurs bois de justice parisiens et la guillotine modèle Berger 1872 des Baumettes.