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L'anse des Catalans : histoire d'une plage au cœur de la ville

La Ville de Marseille a ouvert (jusqu’au 9 juillet dernier)  un vaste appel à participation afin d’associer les Marseillaises et les Marseillais à la rénovation de l’emblématique plage des Catalans.
Ancien lazaret devenu petit port de pêche à partir de la Grande Peste de 1720, celle qui allait devenir sous le Second Empire un "Bain de mer", a vécu mille vies. 
 

Du lazaret au petit port de pêche : la naissance des "Catalans"

Nichée entre les coteaux arides de Saint-Lambert et du Pharo, celle qui allait devenir un siècle plus tard la plage des Catalans, accueille à partir de 1560 et jusqu'en 1663, un lazaret. L'établissement sanitaire, isolé hors des murs de la cité, reçoit pendant 103 ans les passagers venus du Levant dont les navires, restés amarrés dans l'archipel du Frioul, étaient porteurs de patente "soupçonnée" ou brute. Encore présente sur le site, la tour du Lazaret est le témoin de cette histoire séculaire.

Après les ravages de la peste de 1720, des pêcheurs catalans s'établirent dans les bâtiments désaffectés des Infirmeries Vieilles. Attirée par l'autorisation donnée en 1761 de pêcher librement le long des côtes et de vendre le poisson sur les marchés, la communauté des pêcheurs catalans ne cessa de s'accroître dans les années qui suivirent. En 1790, la communauté compte presque 400 pêcheurs, donnant ainsi le nom de "Catalans" à la plage et à tout le quartier. 

Tout au long du 18e siècle, Catalans et pêcheurs marseillais se livrèrent une lutte commerciale et juridique sans merci. Au 19e siècle, la centaine de Catalans vivant encore sur place suffit à inspirer à Alexandre Dumas l'histoire d'amour entre Edmond Dantès et la belle Mercédès. Après 1858, lorsqu'il fut question de transformer la petite crique en plage à la mode avec ses bains de mer, les derniers Catalans, protégés par la femme de l'Empereur Napoléon III, Eugénie de Montijo, se replièrent au Vallon des Auffes.

 

Galerie photos

Source images galerie  : marius.marseille.fr / Archives municipales de Marseille © Domaine Public / Musée d'Histoire de Marseille sauf cartes postales © Collection Galanti.

 

 

L'avènement du Second Empire et l'émergence des bains de mer 

Après 1850, Marseille, comme le reste de la France, succombe à la mode des bains de mer. Considérés d'abord comme thérapeutiques, ils deviennent peu à peu synonymes de bienfait et de plaisir. On assiste alors à la création de nombreuses structures sur le littoral marseillais. 

Les rivages des Catalans, situés en contrebas de la résidence impériale du Pharo - en chantier à partir de 1854 - n'échappent pas à cette mode et font ainsi l'objet d'un ambitieux projet d'aménagement. Sur le flanc sud de l’anse, plusieurs établissements de bains sont construits. Structure privée de pontons de bois posés sur les rochers et sur pilotis, les bains de mer recomposent le littoral : des arcades sont réalisées pour agrémenter la plage de cabines, des jetées et des quais de promenades sont créés afin de permettre aux promeneurs de profiter de la vue sur la mer. 

Dès cette époque, les premiers conflits surgissent entre les riverains qui revendiquent un accès libre à la plage et les propriétaires des établissements privés de bains de mer. Ce n'est qu'en 2004 que le site balnéaire recouvre son statut de plage publique, mettant fin à 150 ans de privatisation.

 

 

Les Catalans au 20e siècle

Au début des années 1900, une urbanisation des terrains à proximité immédiate de la plage des Catalans s'engage. Des usines s’implantent en retrait. Elles sont rapidement remplacées par des immeubles de rapport construits le long de la rue des Catalans et sur l’avenue de la Corse. Dans les années 1920, la Villa "Les Catalans" est construite à proximité de la tour du Lazaret. Du côté de l’avenue de la Corse, à l’angle de la Corniche, la caserne militaire Audéoud s’installe sur le domaine de l’ancienne infirmerie des Catalans.
À partir de 1921, le Cercle des Nageurs de Marseille vient s’installer en partie nord. 
À partir de 1932, les travaux d’avant-port sont entrepris,  avec le projet de digue de protection au sud, au large des Catalans, qui sera en partie réalisée. Plus protégée, la partie ensablée de la plage s’agrandit encore.
Après-guerre, l'anse des Catalans accueille la pratique du volley-ball sur la plage.

Dans les années 1970, une poutre en béton est posée dans le prolongement de la plage pour servir de ponton. Les adjonctions greffées sur la tour et les cabines de bain disparaissent à partir des années 2000.

 

La tour du Lazaret : témoin de cinq siècles d'histoire 

La tour du Lazaret, érigée au 16e siècle, est le témoin emblématique de l'histoire des Catalans. Elle a marqué le paysage d’un site longtemps préservé de l’urbanisation marseillaise. D’un point de vue topographique, cet élément remarquable constitue une articulation évidente entre l’anse des Catalans et la Corniche. Depuis la mer, elle a longtemps servi de repère aux navigateurs et aux visiteurs des Îles du Frioul. Massive et rudimentaire, son architecture se distingue fortement et constitue l’élément essentiel du site en matière de patrimoine bâti. Elle est le dernier témoin des "Vieilles infirmeries" et a inspiré de nombreux artistes.

Avec le projet d’établissement de bains des Catalans, la tour, tombée en désuétude, est restaurée, surélevée, et réinvestie vers 1860. Ce remaniement, certes, interventionniste et maladroit, fait désormais partie intégrante de l’ouvrage, comme une strate historique liée à l’évolution du site et de ses pratiques. Hormis le parapet qui a fait l’objet de travaux de restauration, les élévations de la Tour sont aujourd'hui à l'abandon.

 

2022 : la pousuite des travaux d'aménagement de l'anse des Catalans

 

Afin d'améliorer l'accueil des usagers de la plage et permettre une cohabitation harmonieuse de toutes les pratiques, un projet d'aménagement conduit par l'agence d’architecture Yvann Pluskwa a été retenu en 2019. Ce projet vient compléter la première phase de travaux initiée en 2013, en s'attelant cette fois à la réhabilitation des arcades historiques, de la tour du Lazaret, de la place haute et de la partie nord de l'anse, située au pied du Cercle des Nageurs.

Tout en prenant en compte les contraintes du site, la préservation de la mémoire du lieu ainsi que la nécessaire adaptation aux nouveaux usages, la Ville de Marseille a souhaité ouvrir ce projet d'aménagement à la participation des Marseillaises et des Marseillais.

Une première phase de participation est ouverte sur le site internet de la Ville de Marseille à compter du 14 juin 2022. Toutes les Marseillaises et tous les Marseillais sont invités à y participer. Elle concerne notamment les services dont les usagers souhaitent disposer sur la plage (location de matériel, buvette, petite restauration, table de pique-nique, consigne, jeux pour enfants...) ainsi que les aménagements à prévoir à l'entrée du site afin de prendre en compte les modes de transports doux.

Une deuxième phase de participation sera lancée à partir du 22 juin 2022. Organisée autour de visites sur site, d'ateliers et de réunions publiques, elle permettra aux usagers du site de participer à l'évolution du projet.

Clôturées le 9 juillet, ces deux phases feront l'objet d'une restitution publique en septembre 2022.