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La fête du Travail : une histoire de lutte pour les travailleurs

Chaque année, le 1er mai est un jour chômé et payé, c’est-à-dire férié.

À la fin du XIXe siècle, les mouvements ouvriers revendiquent de meilleures conditions de travail. Le premier mai devient progressivement la date où convergent ces luttes. Pourquoi cette date ?

Retour sur les évènements historiques qui aboutirent à la création de la fête du Travail, jour férié pour tous.

 

Un long cheminement

Historiquement, c’est lors de la Révolution française qu’une première tentative a existé en France pour accorder un jour de repos aux travailleurs.

Fabre d’Églantine propose, en effet, la création d'une fête du Travail en 1793, inscrite dans le calendrier républicain (utilisé en France de 1792 à 1806). La date choisie était alors le 1er pluviôse, soit le 20 janvier. Elle fut célébrée durant quelques années… Avant de tomber dans l’oubli.

Dès le milieu du XIXe siècle, des voix s’élèvent pour alerter le pouvoir sur les conditions de vie et de travail des ouvriers. Dans une France où la bourgeoisie prospère et où s’édifient de grandes fortunes, la poussière de la Révolution industrielle profite aux uns et asphyxie les autres…
Les autres ? La masse ouvrière, assujettie au travail dans les usines, les mines, les ateliers. Les journées sont longues et exténuantes. Pas ou peu de réglementation quant aux conditions de travail.

L’idée d’une journée de travail réglementée et le souhait d’améliorer le sort des classes populaires fait son chemin dans la plupart des pays industrialisés. Les premiers syndicats s’impliquent de plus en plus, dénonçant des conditions de travail inhumaines.

 

Un contexte général de lutte pour les droits des travailleurs

Finalement, l’évènement déclencheur de grandes luttes pour obtenir une journée de travail de huit heures se déroule de l’autre côté de l’Atlantique. 

Il faut rappeler qu’avec la Révolution industrielle, les journées de travail ne sont plus rythmées par les cycles des saisons ou l’alternance du jour et de la nuit. Il n’y a pas alors plus de limitation de la durée du travail. Les hommes, les femmes et les enfants peuvent alors travailler jusqu’à 17 heures par jour.

À Chicago, le 1er mai 1886, une grève générale, suivie par 400 000 salariés, paralyse un nombre important d'usines. La date du 1er mai est choisie car c’est la date du "moving day" : c'était le commencement de l'année de travail où les ouvriers louaient leurs services.
Les manifestants en grève réclament la journée de huit heures de travail. Les patrons s'y opposent et le mouvement s'éternise jusqu'au 4 mai 1886. Lors d'une manifestation, une bombe vise les policiers, qui de leur côté ripostent : c’est le massacre de Haymarket Square. Le bilan est lourd avec plus de dix morts. Cinq syndicalistes sont condamnés à mort par un procès truqué et pendus (réhabilités plus tard). Ces évènements marquèrent les mémoires et le premier mai devient un point de fixation des combats pour l’amélioration des conditions de travail.

 

Du combat aux propositions de loi

En 1889, la IIe Internationale se réunit à Paris à l'occasion du centenaire de la Révolution française et de l’Exposition universelle.

Sous l’impulsion de Jules Guesde (*) - qui inventera le terme de"fêtes du Travail' en 1890 - et du Parti ouvrier qu'il dirige, et sur une proposition de Raymond Lavigne, cette Internationale décide, le 20 juillet 1889, de faire de chaque 1er mai une journée de manifestation.
L’objectif ?  La réduction de la journée de travail à huit heures (soit 48 heures hebdomadaires, le dimanche seul étant chômé). Le jour symbolique (1er mai) est choisi en référence au massacre de Haymarket Square, en 1886.

Le 3 février 1887, Gustave Mesureur, porte-parole du conseil municipal de Paris, inaugure la Bourse du travail de Paris, première en France.
Quelques mois après l’ouverture de la Bourse de Paris, une autre bourse est inaugurée à Nîmes, et un an après, une troisième à Marseille. La bourse se veut un lieu ouvert, complémentaire des bureaux de placement, une centrale d’informations et d’orientation en même temps qu’un lieu de conseil et de formation pour les travailleurs.
 

Revendications, sang et mémoire : la fête du Travail traverse l’Histoire

Le 1er mai 1890, les travailleurs défilent donc avec un triangle rouge à la boutonnière symbolisant leurs revendications : huit heures de travail, huit heures de repos et huit heures de "loisirs".
Cette revendication ne va pas toujours sans heurts : le 1er mai 1891 à Fourmies, dans le Nord de la France, la manifestation tourne au drame : la troupe tire sur la foule, dix personnes sont tuées, dont deux enfants de onze et treize ans. Ce nouveau drame ancre définitivement dans les mémoires collectives européennes la lutte des ouvriers européens pour leurs droits. Les militants épinglent sur leur veste une églantine écarlate, fleur traditionnelle du Nord, en souvenir du sang versé et en référence à Fabre d’Eglantine…
Il faut attendre 1907 pour voir apparaître un brin de muguet, fleur printanière, associée à un ruban rouge.

Finalement, après la Première Guerre mondiale, en 1919, la journée de huit heures est mise en place et le 1er mai reste une journée chômée, c’est-à-dire une journée non travaillée et non payée.

C’est en 1941, sous le régime de Vichy que le 1er mai devient officiellement la "fête du Travail et de la concorde sociale" comme pour signifier l’ordre paternaliste marqué par l’interdiction des grèves et des syndicats. Les symboles révolutionnaire et progressistes sont gommés et supprimés. L’églantine rouge disparaît définitivement. Place au muguet ! 

Il faudra attendre 1947 et la IVe République pour que le 1er mai devienne un jour férié, c’est-à-dire un jour non travaillé et payé. On doit cette initiative au député Daniel Mayer, appuyé par le ministre du Travail, Ambroise Croizat. Le 1er mai est réinstitué jour chômé et payé dans le Code du travail, sans être une fête nationale.

Ce n’est que le 29 avril 1948 qu’est officialisée la dénomination "fête du Travail" pour le 1er mai.

Souvenons-nous que cette journée accordée est le fruit de luttes et de revendications, et qu’elle fut chèrement gagnée…


(*) Jules Guesde (1845-1922), de son vrai nom Jules Bazile, homme politique français socialiste qui marqua l’histoire de la gauche française de la fin du XIXe siècle et du début du XXe par de nombreuses actions et propositions de loi. (Journaliste militant à ses débuts, il est condamné plusieurs fois à l’emprisonnement et dut s’exiler).

 

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